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Par Nadine Trémollières, Directeur Primonial Portfolio Solutions - Publié le 28.11.2022

Épargne : « Face à l’inflation, le mot d’ordre est la diversification »

En seulement quelques mois, l’inflation a fait son grand retour. Selon Eurostat, elle devrait s’élever cette année à 6 % en France. En Europe, elle devrait même atteindre 10 %. Et les prévisions indiquent qu’elle se maintiendra en France à un niveau proche de 6 % au moins jusqu’à fin 2023. Au-delà du pouvoir d’achat, cette situation aura un impact profond sur votre épargne. Pour faire le point, nous accueillons Nadine Trémollières, directeur de Primonial Portfolio Solutions, pôle dédié au conseil en allocation d’actifs.

Comment expliquez-vous un tel niveau d’inflation ?


Nadine Trémollières. Ce niveau d’inflation, et la rapidité à laquelle elle est arrivée, s’explique à la fois par un facteur conjoncturel et un facteur structurel. Le facteur conjoncturel est constitué par deux phases bien distinctes : tout d’abord un choc de demande dès 2021 qui a suivi l’ouverture des économies après la crise sanitaire de 2020. La demande de biens a été importante et les entreprises ont été confronté à des goulets d’étranglement qui ont limité leur production. Ensuite la guerre en Ukraine a entraîné des hausses de prix importantes sur l’énergie, les métaux ou les matières premières agricoles.

À ce facteur conjoncturel s’ajoute un facteur structurel qui est en train de prendre de l’importance depuis plusieurs années : la transition écologique. Cette dernière impacte directement les prix de l’énergie et des matières premières.

Cette transition provoque des ajustements violents entre l’offre et la demande, qui vont pousser les prix à la hausse. Par exemple, les producteurs de pétrole hésitent aujourd’hui à investir dans de nouveaux gisements, ce qui contribue à la rareté de l’offre et entraîne indirectement les prix à la hausse. Ces deux facteurs ont un impact direct sur le prix des matières premières. Or, elles sont à la base de tous les types de production.

Leurs hausses se répercutent donc sur les biens finis et les services. C’est ce qui explique le fait que l’inflation a connu une évolution aussi rapide. Reste désormais à savoir si elle va se traduire par une hausse importante des salaires qui, le cas échéant, pourrait avoir un effet amplificateur.


Quelles sont les conséquences de cette forte inflation sur l’épargne des Français ?


N. T. : C’est bien sûr très mauvais. L'inflation est un poison pour tous les actifs financiers. Cette année, rares seront les placements qui pourront afficher un rendement supérieur au taux actuel d'inflation. Si on prend une allocation référence composée de 50 % d’actions et de 50 % d’obligations, on n’a pas vu de plus mauvais résultats depuis 100 ans. Nous sommes dans une situation inouïe. La grande majorité des produits d’épargne afficheront un rendement réelle négatif. Concrètement, cela veut dire que la valeur de votre épargne va baisser.


Quelle stratégie mettre en place pour protéger son épargne ?


N. T. : Dans un tel environnement, il est donc inutile de changer tout son portefeuille. Il faut simplement espérer que les banques centrales parviennent à juguler rapidement l’inflation.



Y-a-t-il quand même des classes d’actifs qui s’en sortent mieux ?


N. T. : Très peu. Même l’or qui était une valeur refuge et qui avait fortement montée dans les années 70 lors de la dernière période de forte inflation, baisse depuis le début de l’année. S’il fallait chercher un petit motif d’espoir, c’est le dollar qui est le grand gagnant de l’année et qui à ce titre à un peu remplacer l’or comme valeur refuge.

Au niveau sectoriel, les matières premières ont profité des tensions structurels et conjoncturels que nous avons évoqué tout à l’heure. On peut également citer l’immobilier qui est relativement résilient dans cet environnement et qui a l’avantage d’avoir les loyers indexés à l’inflation. Mais, encore une fois, l’urgence est de contenir l’inflation.


Les banques centrales mettent justement en place des politiques monétaires très restrictives. Est-ce le moment d’investir dans les obligations ?


N. T. : Les banques centrales ont effectivement abandonné leurs politiques de taux zéro et cela se ressent fortement sur l’ensemble de la courbe des taux. Par exemple, le taux à 10 ans allemand est déjà repassé au-dessus de 2,5 % alors qu’il était proche de zéro il y a un an. Néanmoins, sur le marché obligataire, il convient de distinguer deux catégories : les obligations d’Etats et les obligations d’entreprises.

Alors que les taux se tendent sur toutes les obligations d’État, les spreads de crédit ont continué à s’écarter. On est au-dessus de 100 points de base entre des obligations d’Etat et des obligations d’entreprises de qualité et cela monte à plus de 500 points de base pour des entreprises risquées.

Ainsi, pour des obligations Investment grade européennes on tourne autour de 4 % mais pour des obligations à haut rendement, on monte à 7 %, voire 8 %. Il y a donc clairement des opportunités d’investissement sur le marché obligataire. Attention néanmoins, on n’est pas encore arrivé à la fin du cycle. On l’a vu, les sources d’inflation sont encore nombreuses. Les banques centrales vont donc continuer à mener une politique monétaire d’austérité. Les taux peuvent donc encore être amenée à augmenter.

Pour profiter au mieux des opportunités, la meilleure solution est pour moi les fonds obligataires datés. Il s’agit d’une solution de placement obligataire dont la durée de vie est déterminée à l'avance.


Qu’en est-il des marchés actions ?


N. T. : Les attentes de bénéfices futurs des entreprises sont "mangées" par la hausse des taux, rendant les actions mécaniquement moins rémunératrices. Les investisseurs préfèrent alors se tourner vers des obligations, comme celles de l'Etat américain par exemple, un actif sans risque et qui, avec la hausse des taux, est presque aussi rémunérateur que le marché des actions (3,30% sur dix ans).



Sur quels secteurs faut-il miser ?


N. T. : Pour les secteurs d'activité à privilégier, tout dépend du scénario économique que vous privilégiez. Le premier est que l'inflation commence à baisser, la croissance économique reste au rendez-vous même si les banques centrales continuent de monter les taux. C'est alors plutôt favorable à deux catégories d'actions : les cycliques (comme les autos ou les matériaux de base) et les actions dites "value" (notamment les valeurs bancaires), qui toutes deux profitent de la croissance économique.

Les valeurs de croissance (technologiques ou la consommation discrétionnaire), en revanche, sont ici à proscrire, car elles sont les plus sensibles à la hausse des taux. Deuxième scénario, les banquiers centraux continuent d'augmenter des taux, ce qui finit par faire baisser l'inflation et partant, les taux d'intérêt aussi. C'est alors justement les valeurs de croissance qui sont à privilégier.

Troisième hypothèse, l'inflation est toujours là, mais la croissance économique patine. Dans ce cas, tous les secteurs seront pénalisés. Aujourd'hui, personne n'est capable de dire vers quel scénario on se dirige. Le mot d’ordre est donc plus que jamais la diversification.


Et au niveau des zones géographiques, vers où faut-il s’orienter ?


N. T. : L'Europe nous semble en plus grande difficulté à court terme, en raison de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique. Les États-Unis sont plus épargnés par ces deux éléments. Le potentiel de reprise est donc plus important. Néanmoins, l’Europe, grâce à des valorisations intéressantes, offrent tout de même des points d’entrée. Enfin, je dirai que dans les pays émergents, la Chine offre de belles opportunités avec là aussi des valorisations très faibles.


À propos de l'auteur

Nadine Trémollières - Directrice du Pôle Primonial Portfolio Solutions.

Diplômée de l’ESG, Nadine Trémollières a débuté sa carrière comme Trader à la Caisse des Dépôts et Consignations pendant plus de 10 ans à Paris et à New York. Elle a ensuite intégré les équipes d’AXA IM, en qualité de Gestionnaire puis Responsable des marchés de taux émergents avant de rejoindre Pictet AM à Genève en tant que Responsable de la gestion obligataire des produits « Total Return ».

Depuis 2008, elle était Gestionnaire senior multi-asset chez HSBC Global AM à Paris. Nadine Trémollières a rejoint le groupe Primonial en 2014 pour prendre la direction de Stamina AM, société de gestion au sein de la multi-boutique de Primonial (intégrée à La Financière de l’Echiquier fin février 2018). Au printemps 2018, elle prend la direction du Pôle Primonial Portfolio Solutions nouvellement créé.

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